Jordan Sapally
Photographie culinaire13 min de lecture

Photographie culinaire en Asie : Japon, Hong Kong, Macao

12 tables trois étoiles à Tokyo, 98 étoilées à Hong Kong et Macao : comment photographier la haute gastronomie en Asie, de la saison au service.

Par Jordan Sapally
Photographie culinaire en Asie : Japon, Hong Kong, Macao

La photographie culinaire en Asie ne consiste pas à transposer un shooting parisien à Kyoto ou à Hong Kong. Au Japon, la saison et la vaisselle font partie du plat, et le chef cuisine souvent face au client. À Hong Kong, la table cantonaise se partage et se photographie en entier. À Macao comme dans les grands hôtels de Tokyo, la ville entre dans le cadre par la fenêtre. Ce guide s'adresse aux chefs, aux hôtels et aux maisons qui préparent une série en Asie, ainsi qu'aux tables françaises installées là-bas. Il s'appuie sur les reportages de Jordan Sapally dans 22 restaurants et bars au Japon, à Hong Kong et à Macao.

En bref

Photographier la haute gastronomie en Asie, c'est suivre la saison et le produit au Japon, traiter la vaisselle comme une partie du plat, photographier le service là où il a lieu (comptoir, kaiseki, table cantonaise partagée) et demander avant chaque image. La méthode reste celle du reportage, les codes changent.

Pourquoi l'Asie pèse-t-elle autant dans la haute gastronomie ?

Le Japon, Hong Kong et Macao comptent parmi les plus fortes concentrations de grandes tables au monde, et plusieurs d'entre elles parlent français. Le Guide MICHELIN Tokyo 2026, publié en septembre 2025, compte 12 restaurants trois étoiles, 26 deux étoiles et 122 une étoile, sur 526 adresses retenues. L'édition 2026 de Hong Kong et Macao (mars 2026) distingue 98 restaurants étoilés, dont 9 trois étoiles : 7 à Hong Kong, parmi lesquels Caprice, et 2 à Macao. Au classement Asia's 50 Best Restaurants 2026, Tokyo place sept tables et Hong Kong six, avec The Chairman, à Hong Kong, en tête.

Ces villes attirent aussi des voyageurs qui choisissent leur table sur des images. Selon les chiffres provisoires de l'Office national du tourisme japonais (JNTO), publiés en janvier 2026, le Japon a reçu 42,7 millions de visiteurs internationaux en 2025, en hausse de 15,8 %, dont 457 600 Français. Hong Kong en a accueilli 49,9 millions selon son gouvernement, Macao 40,1 millions selon son service de statistiques.

Pour un chef ou un hôtel, l'image fait donc une partie du travail avant la réservation. Les grandes maisons françaises installées sur place, d'Esterre et Beige à Tokyo à Caprice à Hong Kong et Alain Ducasse at Morpheus à Macao, parlent à la fois à une clientèle locale et à des voyageurs du monde entier.

12restaurants trois étoiles à TokyoGuide MICHELIN Tokyo 2026
98restaurants étoilés à Hong Kong et MacaoGuide MICHELIN, 2026
42,7 Mde visiteurs internationaux au Japon en 2025 (chiffre provisoire)JNTO, 2026

Au Japon, la saison et le produit commandent l'image

Au Japon, une grande table se photographie d'abord par son produit et sa saison, parce que la cuisine elle-même se construit autour d'eux. Le guide de l'Office national du tourisme japonais consacré au kaiseki le résume : cette cuisine « accorde une importance capitale aux ingrédients de saison et à la présentation », et « tout est soigné jusque dans les moindres détails, y compris la vaisselle accompagnant chaque plat ». Pour le photographe, cela change l'ordre du reportage : le plat vient à la fin, pas au début.

Commencer au marché, pas en cuisine

Une série japonaise gagne à commencer là où le produit arrive. Pour Sakamoto à Tokyo, le reportage s'ouvre chez les fournisseurs, entre les cartons empilés : pousses de bambou encore dans leur gaine, fougères warabi emballées dans du papier journal, légumes posés sur des paniers de bambou. Pour Moko à Kyoto, il suit le chef dans les champs, au marché de producteurs et chez le poissonnier, avant de revenir au jardin intérieur du restaurant. Ces images disent d'où vient le plat avant de le montrer, et elles datent la carte : une série de printemps ne raconte pas l'automne. La date du shooting se cale donc sur le produit, comme pour tout reportage de destination calé sur la saison.

La vaisselle fait partie du plat

Dans une table japonaise, l'assiette n'est pas un support neutre. Chez Sakamoto, la collection de petites pièces de porcelaine bleue et blanche et de coupelles laquées rouges, étalée sur une table de bois, forme une image à elle seule. À SoNoMa, au Capella Kyoto, déclinaison à Kyoto de la table californienne SingleThread, les plats arrivent dans des céramiques de grès brut aux émaux irréguliers, qui comptent autant que ce qu'elles portent ; le Guide MICHELIN, qui a ajouté la maison à sa sélection en octobre 2026, situe d'ailleurs dans cette vaisselle japonaise la rencontre des terroirs de Kyoto et de Sonoma. Les tables venues d'ailleurs adoptent ces codes, et l'image doit les suivre. Le cadrage s'élargit en conséquence : le bord de la pièce reste dans l'image, la lumière rasante révèle l'émail, et l'assiette n'est jamais coupée au hasard. Le stylisme culinaire commence ici par le choix de la pièce, pas par le dressage.

Bois, papier, pénombre : la lumière des lieux

Beaucoup de grandes tables de Kyoto vivent dans une lumière basse et filtrée. Chez Moko, table française installée dans une maison de bois, le jour passe par les cloisons de papier coulissantes et par le rideau d'entrée frappé du logo de la maison ; le jardin intérieur, avec sa lanterne de pierre, éclaire la salle par reflet. Inonder ces pièces de flashs effacerait précisément ce que la maison vend. On garde la pénombre, on expose pour les hautes lumières et on laisse les ombres profondes, selon les principes détaillés dans notre article sur la lumière naturelle et artificielle.

Une série au Japon

On échange sur votre table, votre saison et les images qu'elle mérite.

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Comptoir, kaiseki, table partagée : comment photographier le service ?

Le format du repas décide de la place du photographe : au comptoir, il photographie le geste face au client ; en kaiseki, il suit une succession de plats ; à la table cantonaise, il photographie la table entière. Se tromper de format, c'est rapporter des images justes d'un repas qui n'existe pas.

Au comptoir, le geste se fait face au client

Au comptoir, la cuisine est la salle. À SoNoMa, deux cuisiniers dressent côte à côte derrière le comptoir de bois de la cuisine ouverte, l'un aux baguettes, au-dessus d'un bol de céramique. Chez Moko, le chef travaille derrière un comptoir noir qui renvoie sa silhouette comme un miroir. Le photographe se place du côté du client, là où le geste a été pensé pour être vu. Il surveille les reflets des comptoirs sombres et polis, et photographie les dressages avant ou après le service, ou avec l'accord des convives présents.

Le kaiseki, une suite de plats et une suite d'images

Le kaiseki est, selon le même guide de l'Office national du tourisme japonais, « un dîner traditionnel japonais composé de plusieurs services », dont « le menu varie au fil des saisons ». Photographier un kaiseki, c'est donc photographier une séquence : chaque plat arrive à son heure, dans sa pièce de vaisselle, et la série n'a de sens que complète. On garde la même lumière et le même point de vue d'un plat à l'autre, pour que le menu se lise comme un récit, avec ses ruptures de couleur et de matière.

À Hong Kong, la table cantonaise se photographie en entier

Un repas cantonais se partage : les plats se posent au centre et chacun se sert. Photographier un seul plat isolé trahirait cette générosité. Chez Lung King Heen, au Four Seasons Hong Kong, la série montre la table vue de dessus, avec ses paniers de bambou, ses brioches dorées, ses cuillères de porcelaine et ses baguettes, puis le thé versé d'une théière blanche. En cuisine, elle saisit les volailles dorées suspendues au-dessus des fourneaux, la vapeur des woks et les mains farinées qui plient un ravioli. Le plat en gros plan vient ensuite, comme un détail du tableau.

Format du repasCe qui compteL'image à ne pas manquer
Comptoir (Japon)Le geste du chef, vu par le clientLe dressage en gros plan, la main et l'outil
KaisekiLa succession des plats et la saisonLa série complète, plat par plat, dans la même lumière
Table cantonaise (Hong Kong, Macao)Le partage et l'abondanceLa table entière vue de dessus, le thé servi
Grande table française en hôtelLa salle, la vue, le service en salleLe plat avec la ville en arrière-plan, le geste du maître d'hôtel

Hong Kong, Macao, Tokyo : quand la ville entre dans le cadre

Dans les grands hôtels d'Asie, la salle donne souvent sur la ville, et la vue fait partie de l'expérience vendue : l'image doit la faire tenir sans écraser le plat. C'est le terrain des grandes tables françaises installées à Hong Kong, à Macao et à Tokyo.

Équilibrer la salle et la vue

Une salle face à une baie vitrée pose un problème d'écart de lumière : en plein jour, le dehors est bien plus lumineux que la table, et l'appareil ne peut pas exposer les deux à la fois. Soit on choisit l'heure où les deux se rapprochent (ciel couvert, fin de journée, heure bleue), soit on assemble deux expositions, l'une pour la salle, l'autre pour la ville, sans rien ajouter qui n'existe pas. À Caprice, au Four Seasons Hong Kong, le chef est photographié contre la fenêtre ; à Esterre, au Palace Hotel Tokyo, la salle ouvre sur les arbres et les tours. La nuit, la vitre devient miroir : on éteint ce qui se reflète, ou on décale l'angle.

Les rituels de service sont des images à part entière

Dans ces maisons, le service en salle se met en scène, et c'est une matière précieuse. À Alain Ducasse at Morpheus, à Macao, la truffe sort d'un coffret entre des mains gantées de blanc, le caviar se photographie en gros plan, et un thé matcha est fouetté à table au fouet de bambou, un geste japonais au cœur d'une table française. À Esterre, la cuisine se raconte par la flamme du gril au charbon. Ces moments se préparent avec le maître d'hôtel : on sait à quelle minute le geste aura lieu, on est déjà en place. Les codes du luxe hôtelier restent ceux décrits dans notre article pour photographier un palace.

Un reportage en Asie

On prépare ensemble la saison, les lieux et les usages des images.

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Quelles règles respecter pour photographier un restaurant au Japon ?

On ne photographie rien sans accord, ni la cuisine, ni la salle, ni les clients, et cette règle de tout reportage se respecte d'autant plus au Japon. Le guide de la photographie responsable de l'Office national du tourisme japonais le formule pour tous les visiteurs : photographier un plat, oui, mais sans cadrer les clients et le personnel autour, et toujours demander avant de photographier une personne, même dans l'espace public. Il rappelle que le droit japonais protège strictement la vie privée. Pour un reportage professionnel, ce minimum devient un cadre écrit.

Ce que la maison accepte de montrer

Avant le premier déclenchement, on fixe avec le chef et la direction ce qui peut apparaître à l'image : une recette, un fournisseur, un coin de cuisine, un membre de l'équipe. Certaines maisons préfèrent garder un geste ou une préparation hors champ. La liste se valide par écrit, comme les horaires (avant, pendant ou après le service). Le reste suit les règles de tout reportage en restaurant étoilé : repérer avant de déclencher, ne jamais retarder un plat, se faire oublier.

Les clients, la rue et les droits

Un client reconnaissable n'apparaît pas sans son accord : on photographie la salle avant l'ouverture, ou avec l'équipe et des proches de la maison. Dans la rue, les mêmes égards s'appliquent : à Kyoto, l'association touristique de la ville demande de ne pas photographier les geiko et les maiko sans leur accord. Les droits d'utilisation des images (supports, territoires, durée, partenaires) se cadrent par écrit avant le départ, comme pour tout reportage à l'étranger ; les règles varient d'un pays à l'autre, et le contrat précise lesquelles s'appliquent.

Comment préparer un reportage gastronomique en Asie depuis la France ?

Un reportage en Asie se prépare à distance, des semaines à l'avance, et se rentabilise en regroupant plusieurs maisons sur un même voyage, calé sur la saison des produits. Cinq points cadrent la préparation :

  1. Fixer la saison avec le chef : ce qui sera dans l'assiette décide de la date, avant les billets d'avion.
  2. Regrouper les maisons par ville : Kyoto et Tokyo d'un côté, Hong Kong et Macao de l'autre. Un même déplacement sert plusieurs tables et plusieurs hôtels.
  3. Valider avec chaque maison ce qui peut être photographié, les horaires et les interlocuteurs sur place, souvent en anglais.
  4. Écrire les usages des images : site, presse, réseaux sociaux, campagnes, territoires de diffusion.
  5. Prévoir la vidéo dans le même voyage : le son d'une cuisine, la vapeur d'un wok, un thé fouetté racontent ce que la photo ne dit pas.

La logistique (équipe, transports, autorisations, planning) relève de la production, la cohérence des images d'une maison à l'autre de la direction artistique. Les références visuelles se construisent en amont, en évitant de reproduire celles d'un autre pays : la méthode est dans notre article pour s'inspirer sans copier. Pour le film, du format court au récit de plat, voir notre article sur la vidéo culinaire qui raconte un plat et l'offre films et vidéo.

Ce que montrent 22 tables et bars photographiés en Asie

Les séries de Jordan Sapally couvrent 22 restaurants et bars au Japon, à Hong Kong et à Macao, des maisons de Kyoto aux grandes tables françaises des hôtels de Tokyo, de Hong Kong et de Macao. Elles sont réunies dans les réalisations culinaires.

Au Japon, la série passe de Kyoto (Moko, Muni, SoNoMa et Lanterne au Capella Kyoto) à Tokyo (Esterre, Beige, Benoit, Sakamoto, Il Ristorante x Dom Pérignon, The Edition Ginza), avec trois bars, dont le Punch Room du Capella Ginza. À Hong Kong, elle va de la cuisine cantonaise de Lung King Heen aux tables françaises de Caprice, Belon et Louise, en passant par Le Salon des Refusés et le bar Argo ; à Macao, d'Alain Ducasse at Morpheus à L'Attitude. Les hôtels eux-mêmes (Capella Kyoto, Genji Kyoto, The Edition à Ginza et à Toranomon) figurent dans les réalisations hospitalité, et la rue, les marchés et les néons dans les séries de la page Voyage.

Jordan Sapally a également contribué à Kyoto Serenity, le livre de François Simon publié par Assouline. D'un pays à l'autre, sa photographie culinaire et d'hospitalité garde le même regard, qui lit à la fois les codes d'une grande table française et ceux de la maison qui l'accueille. Ce regard vient d'un parcours raconté sur sa page À propos : des études de tourisme, l'hôtellerie, puis plus de 35 pays parcourus, de l'Asie à l'Amérique du Sud.

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Questions fréquentes

Peut-on photographier dans un restaurant au Japon ?
Oui, avec l'accord de la maison. Pour un shooting professionnel, on fixe à l'avance avec le chef et la direction les espaces, les horaires et ce qui peut apparaître à l'image. Les clients ne figurent pas sans leur accord : l'Office national du tourisme japonais recommande d'éviter de cadrer les convives et le personnel, et de toujours demander avant de photographier une personne.
Qu'est-ce que la cuisine kaiseki et comment la photographier ?
Le kaiseki est un dîner traditionnel japonais en plusieurs services, dont le menu suit les saisons et où chaque plat a sa vaisselle. Il se photographie comme une séquence : chaque plat à son heure, dans la même lumière et sous le même angle, pour que la série complète se lise comme le menu. Un plat isolé ne raconte pas un kaiseki.
Pourquoi la vaisselle compte-t-elle autant dans la photo culinaire japonaise ?
Parce qu'au Japon, la pièce fait partie du plat : l'Office national du tourisme japonais souligne que, dans le kaiseki, tout est soigné jusqu'à la vaisselle de chaque plat. À l'image, on garde le bord de la céramique dans le cadre, une lumière rasante révèle l'émail, et l'assiette n'est jamais coupée au hasard. Le choix de la pièce précède le dressage.
Comment photographier une table cantonaise ou un repas de dim sum ?
En entier, d'abord. Un repas cantonais se partage : les plats arrivent au centre de la table et chacun se sert. La photo de référence est donc la table vue de dessus, avec ses paniers de bambou, ses bols, ses baguettes et le thé servi. Les gros plans de plats et les gestes de cuisine, de la vapeur des woks aux raviolis pliés à la main, complètent le récit.
Quand organiser un reportage gastronomique au Japon ?
Quand le produit que la maison veut montrer est là. La carte d'une grande table japonaise change avec les saisons : une série de printemps, avec ses pousses de bambou et ses fougères sauvages, ne raconte pas l'automne. La date se fixe donc avec le chef. Le voyage regroupe ensuite plusieurs maisons, à Kyoto et à Tokyo, ou à Hong Kong et à Macao.
Jordan Sapally photographie-t-il des restaurants au Japon, à Hong Kong et à Macao ?
Oui. Ses séries couvrent 22 restaurants et bars au Japon, à Hong Kong et à Macao, parmi lesquels Moko et SoNoMa à Kyoto, Esterre et Beige à Tokyo, Caprice et Lung King Heen à Hong Kong, et Alain Ducasse at Morpheus à Macao. Elles sont visibles dans les réalisations culinaires du site. Basé à Paris, Jordan Sapally intervient en France comme à l'international.

À propos de l'auteur

Jordan Sapally

Photographe culinaire et directeur artistique

Jordan Sapally dirige un studio créatif dédié à l'image culinaire et hôtelière de luxe. Formé par l'hospitalité et le voyage, il travaille pour des restaurants étoilés, des palaces et des marques food premium, en France et à l'international. Son parti pris : une image sensible, cohérente et durable, au service de la cuisine et du produit.

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